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Retraite · Épargne longue · Stratégie patrimoniale

Combien faut-il épargner
pour partir à la retraite ?

Baptiste Daudier Mai 2026 ⏱ 13 min de lecture 🎯 Retraite 💰 Épargne

C’est probablement la question la plus posée dans nos bilans patrimoniaux : combien faut-il avoir épargné pour bien vivre sa retraite ? En France, la pension de la Sécurité sociale ne couvre en moyenne que la moitié du dernier revenu pour les cadres, et bien moins pour les dirigeants et les professions libérales. Combler cet écart suppose une stratégie d’épargne pensée tôt et calibrée précisément. Ce guide donne la méthode complète, étape par étape, pour calculer votre objectif personnel et identifier les leviers à activer.

50 %Taux remplacement cadre
x 25Règle de capital cible
4 %Taux de retrait sécurisé
25 ansDurée moyenne à financer

Le principe fondamental : taux de remplacement et écart à combler

Avant de chiffrer un objectif d’épargne, il faut comprendre une notion essentielle : le taux de remplacement. C’est le rapport entre votre première pension de retraite et votre dernier revenu d’activité. En d’autres termes, c’est le pourcentage de votre salaire que vous toucherez quand vous arrêterez de travailler. Or, ce taux varie considérablement selon votre statut professionnel, et c’est précisément cet écart qui détermine votre besoin d’épargne.

Comprendre votre taux de remplacement selon votre profil

En France, la pension provient de plusieurs régimes obligatoires : la Sécurité sociale (régime de base) et l’Agirc-Arrco pour les salariés du privé, complétés par des régimes spécifiques pour les fonctionnaires, les TNS (travailleurs non salariés) ou les libéraux. Cependant, le système est plafonné à environ 47 000 € de revenu annuel pour le calcul du régime de base, ce qui pénalise les revenus élevés. Par conséquent, plus vous gagnez bien, plus votre taux de remplacement chute.

Profil professionnelTaux de remplacement moyenÉcart à combler
Salarié SMIC ou proche75 % à 80 %20 % à 25 %
Cadre moyen (50 à 70 k€)60 % à 70 %30 % à 40 %
Cadre supérieur (100 k€+)45 % à 55 %45 % à 55 %
Dirigeant TNS (gérant majoritaire SARL)35 % à 50 %50 % à 65 %
Profession libérale (médecin, avocat)30 % à 45 %55 % à 70 %
Dirigeant SAS payé en dividendes15 % à 30 %70 % à 85 %

Ces chiffres expliquent pourquoi tant de cadres et de dirigeants découvrent, à 55 ou 60 ans, que leur pension projetée représente bien moins que ce qu’ils imaginaient. En effet, c’est souvent à ce moment qu’ils consultent leur relevé de carrière sur info-retraite.fr et qu’ils prennent conscience de l’ampleur de l’écart. Cependant, à ce stade, l’horizon de capitalisation devient court et les marges de manœuvre sont réduites.

Pourquoi l’écart est encore plus important qu’il n’y paraît

Au-delà du taux de remplacement brut, plusieurs facteurs aggravent l’écart à combler. D’abord, l’inflation : sur 25 ans de retraite, un euro d’aujourd’hui ne vaudra plus la même chose. Avec une inflation moyenne de 2 % par an, votre pouvoir d’achat est divisé par presque deux sur 30 ans. Ensuite, les dépenses de santé qui augmentent significativement après 75 ans, notamment avec la dépendance éventuelle. Enfin, le train de vie que beaucoup veulent maintenir ou même améliorer (voyages, loisirs, aide aux enfants et petits-enfants).

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Le principe à retenir : votre épargne retraite ne sert pas à remplacer toute votre pension, mais à combler la différence entre votre revenu d’activité et la pension obligatoire que vous toucherez. Plus cet écart est grand (cadres, dirigeants, libéraux), plus l’effort d’épargne doit être structuré et anticipé.

La méthode en 4 étapes pour calculer votre objectif personnel

Maintenant que le principe est clair, voici la méthode pratique pour chiffrer précisément votre besoin d’épargne. Cette méthode repose sur quatre étapes successives, simples à appliquer, et elle vous donne une fourchette réaliste de votre objectif patrimonial. En pratique, mieux vaut une estimation imparfaite mais agie qu’une réflexion repoussée.

Étape 1 — Estimer votre future pension

La première étape consiste à connaître précisément la pension que vous toucherez. Pour cela, deux outils existent. Tout d’abord, info-retraite.fr est le site officiel qui agrège l’ensemble de vos droits sur tous les régimes. Vous pouvez y consulter votre relevé de carrière et obtenir une estimation indicative globale (EIG) à partir de 55 ans. Ensuite, pour les profils plus complexes (carrières multiples, dirigeants TNS, expatriés), il est utile de demander un bilan retraite personnalisé à votre conseiller, qui retrace tous les régimes et chiffre plusieurs scénarios de départ.

Pour les actifs plus jeunes (moins de 50 ans), une estimation simple peut suffire : appliquer le taux de remplacement moyen de votre catégorie au revenu que vous prévoyez d’avoir en fin de carrière. Par exemple, un cadre supérieur projetant un revenu de 120 000 € en fin de carrière peut estimer sa pension entre 54 000 € et 66 000 € par an. Cependant, cette estimation reste indicative et doit être affinée à mesure que vous approchez de la retraite.

Étape 2 — Définir votre train de vie cible à la retraite

La deuxième étape est plus personnelle : combien voulez-vous dépenser à la retraite ? Trois approches sont possibles. La première consiste à vouloir conserver son train de vie actuel, ce qui implique un revenu net équivalent au revenu d’activité actuel. La deuxième consiste à viser un train de vie réduit, par exemple 70 % à 80 % du revenu actuel, en considérant que certaines dépenses disparaissent (trajets professionnels, cotisations, etc.). Enfin, la troisième vise un train de vie supérieur, pour profiter pleinement de la retraite avec voyages, résidence secondaire ou aide à la famille.

En pratique, je conseille à mes clients de viser 80 % à 90 % du dernier revenu net comme objectif raisonnable. Ce niveau permet de maintenir confortablement sa qualité de vie tout en intégrant la réduction naturelle de certaines dépenses. Toutefois, ce chiffre doit être personnalisé selon vos projets concrets de retraite.

Étape 3 — Calculer l’écart annuel à combler

L’écart annuel est simplement la différence entre votre train de vie cible et votre pension projetée. Par exemple, si votre cible est de 90 000 € par an et que votre pension projetée est de 50 000 €, l’écart à combler est de 40 000 € par an. C’est cet écart annuel qui détermine le capital cible nécessaire à l’étape suivante.

⚠️

Attention à l’inflation : votre cible doit être exprimée en euros constants, c’est-à-dire en pouvoir d’achat d’aujourd’hui. En pratique, votre épargne doit générer un rendement supérieur à l’inflation pour préserver votre pouvoir d’achat sur 25 à 30 ans. C’est précisément ce que permettent les placements diversifiés (actions, immobilier, obligations), qui historiquement battent l’inflation sur le long terme.

Étape 4 — Appliquer la règle des 25 fois pour calculer le capital cible

Voici la règle la plus simple et la plus utilisée dans le monde de la planification retraite : la règle des 25 fois, qui découle de la fameuse « règle des 4 % » américaine. Le principe : si vous voulez vivre confortablement de votre capital sans risquer de l’épuiser sur 30 ans, vous pouvez en retirer 4 % par an. Autrement dit, votre capital cible doit représenter 25 fois le revenu annuel que vous voulez en tirer.

Reprenons l’exemple : si l’écart annuel à combler est de 40 000 €, votre capital cible est de 1 000 000 € (40 000 × 25). Si l’écart est de 20 000 € par an, le capital cible est de 500 000 €. Cette règle suppose un portefeuille diversifié (50 % à 70 % d’actifs dynamiques type actions et immobilier, 30 % à 50 % de placements sécurisés) et un rythme de retrait discipliné. En outre, elle a été validée par de nombreuses études historiques sur les marchés financiers.

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La règle adaptée à la France : certains spécialistes recommandent un taux de retrait plus prudent en France (3 % à 3,5 % au lieu de 4 %) en raison des rendements obligataires plus faibles et de la fiscalité. Dans cette logique, on parle parfois de la règle des 30 fois. Pour un écart annuel de 40 000 €, cela donne un capital cible de 1 200 000 €. C’est une approche plus conservatrice, mais utile pour intégrer une marge de sécurité.

Cas pratique chiffré : Sophie, cadre de 45 ans, 70 000 € de revenu

Pour rendre la méthode parfaitement concrète, prenons l’exemple de Sophie. Elle a 45 ans, gagne 70 000 € bruts par an comme cadre dans une grande entreprise, et souhaite partir à la retraite à 64 ans, soit dans 19 ans. Elle veut maintenir 80 % de son train de vie actuel, ce qui représente 56 000 € nets par an. Comment doit-elle calibrer son effort d’épargne ?

Calcul pas à pas du besoin de Sophie

📐 Sophie, 45 ans, cadre supérieure

Revenu actuel 70 000 € · Cible 80 % à la retraite · Départ à 64 ans

1
Pension projetée par Info-Retraite à 64 ans
Estimation indicative à ~38 000 € nets par an (54 % du revenu actuel). Ce chiffre est calculé selon ses droits acquis et sa carrière probable.
2
Train de vie cible à la retraite
80 % du revenu actuel = 56 000 € nets par an en pouvoir d’achat d’aujourd’hui.
3
Écart annuel à combler par l’épargne
56 000 € − 38 000 € = 18 000 € par an à tirer de son capital personnel.
4
Capital cible (règle des 25 fois)
18 000 € × 25 = 450 000 € de capital cible à constituer d’ici 64 ans, en euros constants.
=
Effort d’épargne mensuel nécessaire
Avec un rendement annuel moyen de 5 % net (allocation diversifiée AV + PER + SCPI), Sophie doit épargner environ 940 € par mois pendant 19 ans pour atteindre 450 000 €.
Soit environ 16 % de son revenu net mensuel.
💡

Ce que ce cas illustre : Sophie pourrait atteindre son objectif avec un effort raisonnable de l’ordre de 940 € par mois grâce à 19 ans de capitalisation. Si elle attend 55 ans pour commencer, l’effort grimpe à plus de 2 500 € par mois pour le même résultat. Par conséquent, le temps est de très loin le levier numéro un de l’épargne retraite. Chaque année gagnée vaut souvent plus que plusieurs centaines d’euros de versement mensuel supplémentaire.

Les 4 leviers pour combler l’écart : quelle enveloppe choisir ?

Une fois l’objectif chiffré, la question devient : où placer cette épargne pour qu’elle travaille efficacement ? En pratique, quatre enveloppes principales se complètent dans une stratégie retraite cohérente. Chacune répond à un objectif différent, et c’est leur combinaison qui produit les meilleurs résultats sur le long terme.

Levier 1
L’assurance-vie : le pivot de l’épargne longue
Souplesse maximale (rachats libres après 8 ans), fiscalité allégée, abattement de 4 600 € par an pour les gains (9 200 € en couple), transmission optimisée avec abattement de 152 500 € par bénéficiaire. C’est l’enveloppe pivot de toute stratégie retraite, à ouvrir le plus tôt possible pour prendre date.
Levier 2
Le PER : déduction fiscale puissante pour les TMI élevées
Les versements sont déductibles du revenu imposable, ce qui en fait l’outil le plus puissant pour les contribuables aux tranches marginales d’imposition de 30 %, 41 % ou 45 %. À la sortie, fiscalité spécifique selon mode de retrait (capital ou rente). À combiner avec l’assurance-vie pour souplesse globale.
Levier 3
Les SCPI : revenus complémentaires immédiats
Les Sociétés Civiles de Placement Immobilier génèrent des revenus locatifs trimestriels sans gestion, avec un rendement net moyen de 4 % à 5 %. Idéales en cumul avec la retraite ou en démembrement temporaire pour préparer une rente future. Possibilité d’acquisition à crédit pour amplifier l’effet de levier.
Levier 4
L’immobilier locatif direct : revenus et effet de levier
Permet d’utiliser l’effet de levier du crédit pour constituer un patrimoine sans apport important. À l’horizon retraite, le bien est remboursé et génère des revenus locatifs nets. Cependant, la fiscalité (revenus fonciers, IFI, plus-value) doit être anticipée, et la gestion locative demande du temps ou un mandataire.

Quelle combinaison selon votre âge et votre profil ?

La répartition entre ces leviers dépend essentiellement de votre âge et de votre situation fiscale. Plus vous êtes jeune, plus vous pouvez prendre du risque et privilégier les supports dynamiques (actions via assurance-vie ou PER). Plus vous approchez de la retraite, plus il devient pertinent de sécuriser une partie du capital et de privilégier les revenus complémentaires. Voici un cadrage indicatif selon trois profils d’âge.

ÂgeAssurance-viePERSCPI / Immobilier
30 à 45 ans50 % (UC dynamiques)25 % (TMI 30 %+)25 %
45 à 55 ans40 % (équilibré)30 % (TMI élevée)30 %
55 ans et plus45 % (sécurisé)20 %35 % (revenus)

Les 5 erreurs à ne pas commettre pour préparer sa retraite

Au fil des bilans patrimoniaux, cinq erreurs récurrentes ressortent dans la préparation de la retraite. Chacune peut coûter plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d’euros sur le long terme. Voici celles à identifier et à corriger rapidement.

01
Attendre d’avoir 50 ans pour commencer
L’erreur la plus courante. Plus on commence tard, plus l’effort mensuel est démesuré. Commencer à 30 ans avec 200 € par mois équivaut à commencer à 50 ans avec 1 200 € par mois pour le même capital final, grâce aux intérêts composés.
02
Tout placer en fonds euros « pour la sécurité »
Le fonds euros rend 2,5 % brut, soit à peine plus que l’inflation. Sur 20 ans, le rendement réel est quasi nul. Une part dynamique en actions et immobilier est indispensable pour battre l’inflation sur le long terme.
03
Surestimer sa pension future
Beaucoup de cadres pensent toucher 80 % de leur salaire à la retraite. La réalité est plus proche de 50 % à 60 %. Consulter info-retraite.fr dès 50 ans est essentiel pour ne pas avoir de mauvaise surprise.
04
Oublier l’inflation dans ses calculs
À 2 % d’inflation par an, votre pouvoir d’achat est divisé par deux en 35 ans. Un objectif fixé en euros nominaux sans tenir compte de l’inflation est mécaniquement insuffisant. Toujours raisonner en pouvoir d’achat actuel.
05
Ne pas combiner plusieurs enveloppes
Mettre tout son effort sur le PER ou tout sur l’assurance-vie réduit la souplesse à la sortie. La combinaison AV + PER + SCPI permet d’optimiser à la fois la fiscalité d’entrée, la souplesse et les revenus complémentaires.
06
Ne jamais faire le calcul réel
L’erreur la plus fréquente : éviter de poser les chiffres par peur du résultat. Sans objectif chiffré, aucun plan d’action n’est possible. Une heure de calcul peut tout débloquer.

Questions fréquentes sur l’épargne retraite

Cela dépend de l’écart entre votre revenu actuel et la pension que vous toucherez. La règle la plus simple s’appelle la règle des 25 fois : il faut avoir épargné environ 25 fois le revenu annuel complémentaire dont vous aurez besoin. Par exemple, si vous voulez compléter votre pension de 20 000 € par an, vous devez viser un capital d’environ 500 000 €. Cette règle reste indicative et doit être ajustée selon votre espérance de vie, votre exposition au risque, l’inflation et vos autres revenus.

Le taux de remplacement est le rapport entre votre première pension de retraite et votre dernier revenu d’activité. En France, il s’établit en moyenne autour de 75 % pour un salarié du privé carrière complète, mais il chute à 50 % à 60 % pour les cadres supérieurs en raison du plafond de la Sécurité sociale, et descend souvent en dessous de 50 % pour les dirigeants TNS et les libéraux. Cet écart entre revenu d’activité et pension est précisément ce qu’il faut combler grâce à son épargne retraite personnelle.

La règle des 25 fois postule que vous pouvez retirer chaque année 4 % de votre capital sans risque d’épuisement sur 30 ans, à condition d’avoir un portefeuille diversifié (actions, obligations, immobilier). Concrètement, multipliez par 25 le revenu annuel que vous souhaitez tirer de votre épargne. Pour 20 000 € de revenu complémentaire annuel, cela donne 500 000 € de capital cible. C’est une règle simple mais qui suppose un placement diversifié et un comportement discipliné durant la retraite.

En règle générale, épargner entre 10 % et 20 % de son revenu net annuel sur l’ensemble de sa carrière permet de constituer un capital retraite cohérent. Plus vous commencez tôt, plus le pourcentage peut être faible grâce aux intérêts composés. Quelqu’un qui commence à 30 ans peut viser 10 %, mais quelqu’un qui commence à 50 ans devra plutôt épargner 25 % à 30 % de son revenu pour atteindre les mêmes objectifs.

Il n’y a pas une seule meilleure enveloppe, mais plutôt une combinaison à construire selon votre TMI. Le PER (Plan d’Épargne Retraite) est intéressant pour les TMI élevées (30 %, 41 %, 45 %) car il permet de déduire les versements du revenu imposable. L’assurance-vie reste l’enveloppe pivot pour sa souplesse d’accès, sa fiscalité au décès et son cadre de capitalisation. Les SCPI génèrent des revenus complémentaires immédiats. Une stratégie patrimoniale combine généralement ces trois enveloppes selon le profil et l’âge.

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Vous vous posez la même question pour votre situation ? Chaque cas est différent. Un bilan permet souvent d’éviter ce type d’erreur.

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