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Cession d’entreprise · Report d’imposition · Loi de finances 2026

Apport-cession 150-0 B ter en 2026 :
le guide complet du report d’imposition pour vendre son entreprise

Baptiste Daudier Mai 2026 ⏱ 16 min de lecture 🏛️ Cession entreprise ⚖️ Fiscalité dirigeant

Quand un dirigeant vend son entreprise après quinze ou vingt ans de travail, la plus-value représente souvent l’essentiel de son patrimoine. Pourtant, sans préparation, près d’un tiers de cette valeur part en impôt dès la signature : 30 % de prélèvement forfaitaire unique, plus jusqu’à 4 % de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus. L’apport-cession, prévu par l’article 150-0 B ter du Code Général des Impôts, est le levier qui permet de différer cette imposition et de réinvestir l’intégralité du produit de cession. Cependant, la loi de finances pour 2026 vient de durcir significativement les règles : voici tout ce qu’il faut savoir pour structurer correctement votre opération.

70 %Quota de remploi obligatoire
3 ansDélai pour réinvestir
5 ansConservation des actifs
21/02/26Entrée en vigueur LFI 2026

Qu’est-ce que l’apport-cession et pourquoi est-il devenu incontournable ?

L’apport-cession est un mécanisme fiscal créé en 2012 et codifié à l’article 150-0 B ter du Code Général des Impôts. Ainsi, il permet au dirigeant qui prévoit de céder son entreprise d’apporter d’abord ses titres à une société holding qu’il contrôle, plutôt que de les vendre directement. La plus-value constatée lors de cet apport, c’est-à-dire la différence entre le prix d’acquisition initial et la valeur d’apport, est alors placée en report d’imposition. Concrètement, l’impôt n’est pas dû immédiatement : il est gelé, dans l’attente d’un événement futur qui mettra fin au report.

Le mécanisme expliqué en trois étapes

Pour bien comprendre le dispositif, il faut le visualiser comme une opération en trois temps successifs. En effet, c’est l’enchaînement précis de ces étapes qui permet d’activer le report d’imposition, et chaque étape obéit à ses propres règles.

1
L’apport des titres à la holding

Le dirigeant apporte les titres de sa société opérationnelle à une holding qu’il contrôle, soumise à l’impôt sur les sociétés (IS). La plus-value d’apport est calculée à cette date, puis placée en report. Aucun impôt n’est dû à ce moment-là.

2
La cession des titres par la holding

La holding cède ensuite les titres apportés au repreneur. Le produit de la vente entre dans la trésorerie de la holding, et non dans le patrimoine personnel du dirigeant. C’est la date de cette cession qui détermine le régime applicable.

3
Le réinvestissement éventuel du produit de cession

Si la holding cède les titres dans les 3 ans suivant l’apport, elle doit réinvestir une part importante du produit dans des activités économiques éligibles pour maintenir le report. Au-delà de 3 ans, aucun remploi obligatoire ne s’applique.

Pourquoi tant de dirigeants y recourent

Sans apport-cession, la cession directe d’une entreprise déclenche immédiatement la fiscalité des plus-values mobilières. Ainsi, le prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d’impôt sur le revenu plus 17,2 % de prélèvements sociaux) s’applique sur l’intégralité de la plus-value. De plus, pour les hauts revenus, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR) ajoute 3 % à 4 % supplémentaires, ce qui peut porter la fiscalité totale à 33 % ou 34 %. En pratique, sur une cession à 3 millions d’euros avec une plus-value de 2,8 millions, cela représente près d’un million d’euros d’impôt.

L’apport-cession permet de différer cette imposition et de conserver l’intégralité du produit de cession au sein de la holding pour le réinvestir. Par conséquent, le levier patrimonial est considérable : le dirigeant continue de faire fructifier l’intégralité de son capital, plutôt que sa version amputée d’un tiers. En outre, sous certaines conditions, le report peut même être définitivement purgé, notamment en cas de décès ou de donation suivie d’une période de conservation. Autrement dit, le dispositif combine un avantage immédiat de trésorerie et une stratégie de transmission patrimoniale puissante.

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Le principe à retenir : l’apport-cession est un report d’imposition, pas une exonération. La plus-value reste latente dans la holding et redeviendra exigible si certaines conditions ne sont pas respectées. La stratégie ne prend tout son sens que combinée à une vision patrimoniale de long terme.

Le fonctionnement précis du report d’imposition

Pour activer puis maintenir le report d’imposition, plusieurs conditions cumulatives doivent être réunies. En effet, le législateur veut s’assurer que le dispositif sert bien à financer l’économie réelle, et non à organiser une simple gestion patrimoniale déguisée. Voici les règles essentielles à connaître.

La condition centrale : contrôler la holding bénéficiaire

La première condition est que le dirigeant apporteur contrôle la holding qui reçoit les titres, au sens de l’article L. 233-3 du Code de commerce. Concrètement, le contrôle est caractérisé dans plusieurs situations : détention directe ou indirecte de la majorité des droits de vote, détention de la majorité des droits dans les bénéfices, pouvoir de nommer ou révoquer la majorité des organes de direction, contrôle conjoint via un accord avec d’autres associés. Par ailleurs, une présomption de contrôle s’applique dès lors que le contribuable détient au moins 33,33 % des droits et qu’aucun autre associé ne détient une participation supérieure.

Ce contrôle est apprécié à l’issue de l’apport, et non à la date de cession ultérieure. De même, la holding doit être soumise à l’impôt sur les sociétés, c’est-à-dire au régime d’imposition des bénéfices propres aux sociétés commerciales. En pratique, c’est presque toujours le cas pour les holdings constituées dans ce cadre. Cependant, certaines formes juridiques peuvent imposer une option formelle pour l’IS, qu’il faut anticiper dès la création.

Que se passe-t-il selon le timing de cession ?

Une fois l’apport effectué, la question centrale devient : quand la holding va-t-elle céder les titres apportés ? Or, le régime applicable diffère radicalement selon que la cession intervient dans les trois ans ou au-delà. Cette distinction est la pierre angulaire du dispositif.

Cas 1
Cession après 3 ans suivant l’apport
Aucune obligation de réinvestissement. Le report d’imposition est acquis sans condition de remploi. La holding peut placer librement la totalité du produit de cession : trésorerie, placements financiers, immobilier patrimonial, distributions. C’est le scénario le plus confortable, mais il suppose d’avoir anticipé l’opération suffisamment en amont.
Cas 2
Cession dans les 3 ans suivant l’apport
C’est le cas le plus fréquent. Le report est maintenu uniquement si la holding réinvestit 70 % du produit de cession dans des activités économiques éligibles, dans un délai de 3 ans, et conserve les actifs réinvestis pendant au moins 5 ans. La fraction restante (30 % maximum) peut être placée librement.
⚠️

Attention au critère temporel : dans la pratique, la grande majorité des opérations correspondent au cas 2. En effet, le dirigeant qui crée une holding pour vendre son entreprise le fait généralement dans une fenêtre proche de la vente, souvent quelques mois avant. Par conséquent, les obligations de remploi s’appliquent presque toujours. C’est précisément ce point qui justifie une préparation rigoureuse, en amont de toute discussion avec un acquéreur potentiel.

Loi de finances 2026 : ce qui change vraiment depuis le 21 février

La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, publiée au JORF du 20 février 2026) a sensiblement durci le dispositif d’apport-cession. Ces nouvelles règles s’appliquent aux cessions de titres réalisées par la holding à compter du 21 février 2026, et non à la date de l’apport initial. C’est un point d’attention majeur : un dirigeant qui a effectué un apport en 2024 mais dont la holding cède en 2026 sera soumis aux nouvelles règles, plus strictes.

Quatre changements structurants à intégrer

Le législateur a choisi de durcir le dispositif sur quatre dimensions complémentaires. En effet, l’objectif affiché est de recentrer le mécanisme sur le financement de l’économie productive, en limitant les usages purement patrimoniaux. Le tableau ci-dessous résume les évolutions essentielles.

CritèreAvant le 21/02/2026Depuis le 21/02/2026
Quota de remploi60 % du produit de cession70 % du produit de cession
Délai pour réinvestir2 ans (24 mois)3 ans (36 mois)
Conservation directe12 mois minimum5 ans minimum
Conservation via fonds (FCPR, FPCI)5 ans minimum5 ans minimum (inchangé)
Activités immobilièresMarchand de biens, promotion, hôtellerie autorisésExclues sauf hôtellerie
Activités financièresLargement éligiblesBancaire, assurance, gestion exclus
Délai purge post-donation (direct)5 ans6 ans
Délai purge post-donation (via fonds)10 ans11 ans
Trésorerie libre (sur cession de 2 M€)800 000 € (40 %)600 000 € (30 %)

Quota relevé : de 60 % à 70 % du produit de cession

C’est la modification la plus visible. Désormais, lorsque la holding cède les titres apportés dans les 3 ans, elle doit réinvestir au minimum 70 % du produit brut de cession dans des actifs éligibles, contre 60 % auparavant. Concrètement, pour une cession à 2 millions d’euros, le montant à immobiliser passe de 1,2 million à 1,4 million. Par conséquent, la trésorerie libre dont disposait la holding pour des placements patrimoniaux ou pour distribution se réduit mécaniquement.

Cette évolution est particulièrement structurante. En effet, beaucoup de stratégies anciennes consistaient à viser le minimum de 60 % et à conserver 40 % de marge de manœuvre. Aujourd’hui, cette marge se limite à 30 %, ce qui rigidifie la planification. Dès lors, il devient essentiel d’identifier en amont des opportunités de réinvestissement éligibles, suffisamment nombreuses pour absorber le quota imposé.

Délai allongé à 3 ans : un assouplissement bienvenu

En contrepartie du durcissement du quota, le législateur a prolongé le délai de réinvestissement de 2 à 3 ans. Cet allongement est cohérent : avec un volume plus important à investir, il faut plus de temps pour identifier des cibles pertinentes, mener les audits et structurer les acquisitions. En pratique, cela peut sembler favorable, mais cette extension ne change pas la difficulté de fond : trouver des actifs éligibles de qualité reste l’enjeu central.

Conservation unifiée à 5 ans pour tous les actifs

Auparavant, deux régimes coexistaient : 12 mois pour le réinvestissement direct (souscription au capital d’une PME, prise de contrôle d’une société opérationnelle) et 5 ans pour les fonds professionnels (FCPR, FPCI, SLP, SCR). Depuis le 21 février 2026, tous les actifs réinvestis doivent être conservés au moins 5 ans. Cette homogénéisation a une conséquence majeure : la stratégie de « réinvestissement court » dans des PME revendues à 13 mois, fréquemment utilisée jusqu’ici, n’est plus opérante. Désormais, l’horizon d’investissement est nécessairement long, ce qui modifie profondément la logique de sélection des cibles.

Exclusion des activités immobilières et financières

C’est sans doute le changement le plus structurant. Le législateur a en effet aligné la définition des activités éligibles sur celle de la réduction d’impôt Madelin pour souscription au capital de PME (article 199 terdecies-0 A du CGI). Désormais, les exclusions sont nombreuses et touchent une large part des stratégies historiquement utilisées.

  • Activités immobilières exclues : marchand de biens, promotion immobilière, lotissement, gestion immobilière, location immobilière, syndic, agent immobilier, administrateur de biens.
  • Activités financières exclues : activités bancaires, assurance, gestion de portefeuille.
  • Gestion patrimoniale exclue : gestion par la holding de son propre patrimoine mobilier ou immobilier (rappel d’une règle déjà existante).
  • Restent éligibles : activités commerciales, industrielles, artisanales, libérales, agricoles. L’hôtellerie demeure éligible, de même que certaines résidences gérées impliquant une véritable activité d’exploitation.
🚨

Conséquence pratique majeure : les « club deals » immobiliers, largement utilisés ces dernières années pour absorber les remplois 150-0 B ter, ne sont quasiment plus éligibles. Par ailleurs, un investissement dans une société de gestion de patrimoine ou une banque, même éligible auparavant, ne compte plus dans le seuil de 70 %. Il est donc impératif de revalider l’éligibilité de chaque cible avec un avocat fiscaliste, et idéalement de solliciter un rescrit fiscal préalable pour sécuriser l’opération.

Les 4 modes de réinvestissement éligibles en 2026

Lorsque l’obligation de remploi s’applique, le législateur prévoit quatre modalités précises de réinvestissement éligibles. En pratique, ces options peuvent être combinées au sein du même dossier, à condition que le total atteigne bien 70 % du produit de cession dans le délai de 3 ans.

Mode 1
Financement de moyens d’exploitation de la holding
La holding investit directement dans des moyens permanents affectés à sa propre activité opérationnelle : équipements industriels, locaux d’exploitation, développement d’un nouveau projet commercial ou industriel en interne. Cela suppose que la holding exerce elle-même une activité opérationnelle éligible, à l’exclusion de toute logique patrimoniale.
Mode 2
Acquisition de titres d’une société opérationnelle contrôlée
La holding rachète les titres d’une société existante exerçant une activité éligible (commerciale, industrielle, artisanale, libérale, agricole). L’acquisition doit conférer le contrôle de la société cible, c’est-à-dire la majorité des droits de vote. La société doit être située en France, dans l’Union européenne ou dans un État membre de l’EEE.
Mode 3
Souscription en numéraire au capital d’une société opérationnelle
La holding participe au capital initial ou à une augmentation de capital d’une société non cotée exerçant une activité éligible. Contrairement au mode 2, aucune condition de contrôle n’est exigée. Cette modalité est typiquement utilisée pour financer des PME en croissance, des startups, ou des opérations de capital-développement.
Mode 4
Souscription de parts de fonds de capital-investissement
La holding souscrit des parts de fonds professionnels éligibles : FCPR, FPCI, SLP ou SCR. Ces fonds doivent respecter un quota d’investissement de 75 % en sociétés européennes opérationnelles éligibles, dont au moins 50 % en titres non cotés. C’est souvent la modalité la plus souple à mettre en œuvre, car elle ne nécessite pas de sélectionner soi-même les cibles d’investissement.

FCPR, FPCI : la modalité la plus utilisée en pratique

Parmi les quatre modes, la souscription de parts de fonds de capital-investissement (FCPR, FPCI) est devenue la solution la plus courante dans les opérations 150-0 B ter. Plusieurs raisons expliquent ce succès : d’abord, la diversification est immédiate puisque chaque fonds investit dans plusieurs dizaines de PME, ce qui dilue le risque. Ensuite, la mise en œuvre est simplifiée : un seul engagement de souscription suffit, et les fonds sont appelés progressivement par la société de gestion.

En outre, le délai de 3 ans pour le remploi est respecté dès lors que la holding souscrit l’engagement dans cette fenêtre temporelle. Les versements effectifs peuvent ensuite s’étaler sur les 5 années suivantes, au rythme des appels de fonds. Par ailleurs, ces fonds bénéficient eux-mêmes d’une fiscalité avantageuse à l’IS : taux réduit à 15 % sur les plus-values à condition de conserver les parts au moins 5 ans, ce qui est automatiquement le cas dans le cadre du 150-0 B ter.

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Stratégie pratique : beaucoup de dossiers combinent les modes 3 (souscription directe au capital de PME via des « club deals » opérationnels) et 4 (fonds de capital-investissement). Cette combinaison permet à la fois de garder une part de contrôle sur les investissements et de mutualiser le risque. Toutefois, l’éligibilité de chaque opération doit être validée avec rigueur, car les exclusions sectorielles de la LFI 2026 frappent désormais de nombreux montages auparavant standards.

Cas pratique chiffré : la cession d’une PME à 3 millions d’euros

Pour rendre tout cela parfaitement concret, prenons l’exemple d’un dirigeant typique. Marc, 58 ans, a créé son entreprise de services aux entreprises il y a 22 ans, avec un capital initial de 30 000 euros. Aujourd’hui, un repreneur lui propose 3 millions d’euros pour racheter l’intégralité des titres. La plus-value brute s’élève donc à 2,97 millions. Voyons l’impact d’une cession directe par rapport à une cession via apport-cession.

Scénario A : cession directe sans apport-cession

❌ Marc cède directement ses titres au repreneur

Cession 3 000 000 € · Plus-value 2 970 000 € · PFU 30 % + CEHR 4 %

❌ Calcul de la fiscalité

Impôt sur le revenu (12,8 %) : 380 160 €

Prélèvements sociaux (17,2 %) : 510 840 €

Contribution exceptionnelle (4 %) : 118 800 €

Fiscalité totale : ≈ 1 010 000 €

❌ Capital net disponible

Produit de cession : 3 000 000 €

Fiscalité : − 1 010 000 €

Net pour Marc : 1 990 000 €

Pourcentage perdu : ≈ 34 % du produit

Marc dispose désormais de 2 millions à réinvestir librement

Scénario B : apport-cession via une holding contrôlée

Marc choisit de structurer l’opération en amont. Six mois avant la cession, il constitue une holding à l’impôt sur les sociétés et lui apporte la totalité de ses titres. La plus-value de 2,97 millions est constatée au moment de l’apport, mais elle est placée en report d’imposition. Aucun impôt n’est dû immédiatement.

✅ Marc utilise l’apport-cession : holding puis cession

Apport à holding · Cession à 3 M€ · Obligation de remploi 70 % dans 3 ans

✅ Au moment de la cession

Produit perçu par la holding : 3 000 000 €

Fiscalité immédiate : 0 € (report actif)

Obligation de remploi : 70 % = 2 100 000 € dans 3 ans

Fraction libre : 900 000 € (30 %)

✅ Stratégie de réinvestissement

Investissement dans FPCI éligible : 1 400 000 €

Prise de participation dans PME industrielle : 700 000 €

Total réinvesti éligible : 2 100 000 € (70 %)

Trésorerie libre : 900 000 € placés librement

Conservation des actifs : 5 ans minimum

Économie de trésorerie immédiate : ≈ 1 010 000 €. Le capital total reste investi et travaille pendant la durée du report.

⚠️

Important : ces chiffres sont des estimations à des fins pédagogiques. Le calcul réel dépend du revenu fiscal de référence du dirigeant (qui détermine l’éligibilité à la CEHR et son taux), de la situation matrimoniale, des éventuelles moins-values reportables, et de la possibilité d’opter pour le barème progressif plutôt que pour le PFU dans certains cas. Toute opération d’apport-cession nécessite une simulation chiffrée précise et un accompagnement par un avocat fiscaliste et un cabinet de gestion de patrimoine spécialisés.

Les 6 pièges qui font tomber le report d’imposition

Le 150-0 B ter est l’un des dispositifs les plus surveillés par l’administration fiscale. Selon plusieurs sources professionnelles, environ un tiers des dossiers font l’objet d’un contrôle dans les 5 ans suivant la mise en place, avec un taux de redressement significatif. C’est pourquoi il est essentiel de connaître les pièges classiques qui peuvent faire tomber le report et rendre la plus-value latente immédiatement exigible.

01
Réinvestir dans une activité désormais exclue
Depuis le 21 février 2026, beaucoup d’opérations historiquement utilisées (marchand de biens, promotion immobilière, gestion d’actifs) ne sont plus éligibles. Un investissement dans une activité exclue ne compte pas dans le seuil de 70 % et peut faire basculer la holding en deçà du quota requis. Conséquence : sortie totale du report.
02
Manquer le délai de 3 ans pour réinvestir
Trois ans peuvent sembler longs, mais l’identification de cibles, les négociations, les audits et la formalisation des opérations prennent du temps. Le non-respect du délai entraîne la levée immédiate du report sur l’intégralité de la plus-value, avec rappel d’impôt et intérêts de retard.
03
Céder un actif réinvesti avant 5 ans
Toute revente d’un actif réinvesti avant la fin du délai de 5 ans rompt le report sur la quote-part correspondante. Si cet actif représentait 35 % du réinvestissement total, vous êtes imposé sur 35 % de la plus-value d’apport initiale. Une erreur qui peut coûter plusieurs centaines de milliers d’euros.
04
Perdre le contrôle de la holding
Si l’apporteur cesse de contrôler la holding (cession de parts, dilution dans une augmentation de capital, gouvernance partagée), la condition centrale du dispositif disparaît. Cela peut survenir par inadvertance lors d’opérations de réorganisation patrimoniale mal anticipées.
05
Transférer son domicile fiscal hors de France
Le transfert du domicile fiscal hors de France peut rendre la plus-value en report immédiatement exigible au titre de l’exit tax (article 167 bis du CGI), sauf à respecter des conditions de garantie spécifiques. Une stratégie d’expatriation post-cession se prépare en amont, avec un fiscaliste.
06
Mal évaluer les titres à l’apport
La valeur d’apport doit refléter la valeur réelle des titres. Une sous-évaluation expose à un redressement pour acte anormal de gestion, abus de droit, ou requalification. À l’inverse, une surévaluation gonfle artificiellement la plus-value future, donc l’impôt latent. Une expertise externe par un commissaire aux apports est indispensable.

Le risque de contrôle fiscal et comment s’en prémunir

Compte tenu de la complexité du dispositif et des montants en jeu, l’administration fiscale exerce une vigilance particulière sur les opérations d’apport-cession. En pratique, les points sensibles d’un contrôle portent sur quatre éléments principaux : la valorisation des titres au moment de l’apport, la réalité économique du réinvestissement (par opposition à une opération de pure forme), le caractère opérationnel des sociétés cibles, et le respect effectif des délais. Par conséquent, la documentation de chaque étape doit être irréprochable.

Pour sécuriser une opération, plusieurs réflexes sont recommandés. D’abord, faire valider la valeur d’apport par un commissaire aux apports désigné par le tribunal. Ensuite, demander un rescrit fiscal sur l’éligibilité des cibles de réinvestissement quand un doute existe : c’est une procédure qui permet d’obtenir la position formelle de l’administration en amont. Par ailleurs, conserver tous les documents probants (audits, business plans, attestations d’éligibilité des fonds). En outre, il est essentiel de s’entourer d’un avocat fiscaliste spécialisé dès la phase de structuration, et idéalement de travailler avec un cabinet de gestion de patrimoine ayant l’expérience des dossiers 150-0 B ter.

Apport-cession et transmission : la stratégie de purge totale

Au-delà du simple report, l’apport-cession devient particulièrement puissant lorsqu’il est combiné à une stratégie de transmission. En effet, deux événements peuvent purger définitivement la plus-value en report, c’est-à-dire effacer totalement l’impôt latent : le décès du dirigeant et la donation des titres de la holding suivie d’une période de conservation.

Le décès du dirigeant : purge totale et immédiate

En cas de décès du dirigeant titulaire du report, la plus-value en report est définitivement effacée. Aucun impôt n’est dû à ses héritiers au titre de cette plus-value latente. Par conséquent, dans une logique de transmission patrimoniale, l’apport-cession constitue un outil de transmission à part entière : il permet de transmettre à la génération suivante un capital qui n’aura jamais subi l’impôt sur la plus-value de cession.

La donation des titres de la holding : purge après 6 ou 11 ans

La donation des titres de la holding emporte transfert du report d’imposition au donataire. Cependant, le report ne s’éteint définitivement qu’après une période de conservation par le donataire. Depuis la loi de finances 2026, ces délais ont été allongés d’un an :

  • 6 ans de conservation si le réinvestissement de la holding a été effectué dans des sociétés (modes 1, 2 et 3 de remploi).
  • 11 ans de conservation si le réinvestissement a été effectué dans des fonds de capital-investissement (FCPR, FPCI, SLP, SCR).

Ainsi, un dirigeant qui anticipe sa transmission peut combiner apport-cession et donation. En premier lieu, il apporte ses titres à une holding et bénéficie du report. Ensuite, après la cession et le réinvestissement, il donne les titres de la holding à ses enfants. Enfin, après 6 ou 11 ans de conservation par les donataires, la plus-value latente est purgée définitivement. Autrement dit, sur l’ensemble du parcours, aucun impôt sur la plus-value de cession n’est jamais payé.

Combinaison avec le Pacte Dutreil

Pour aller encore plus loin, l’apport-cession peut être combiné avec un Pacte Dutreil lors de la transmission à titre gratuit. Le Pacte Dutreil permet une exonération de 75 % de la valeur des titres pour le calcul des droits de donation ou de succession, sous conditions d’engagement collectif puis individuel de conservation. La combinaison des deux dispositifs permet à la fois de purger la plus-value latente et de réduire massivement les droits de transmission. Notons toutefois que la loi de finances 2026 a également resserré le Pacte Dutreil, notamment en excluant les biens non affectés à l’activité opérationnelle. Une stratégie globale doit donc anticiper ces évolutions.

🧭

Vision stratégique : l’apport-cession n’est pas un acte fiscal isolé. C’est une brique d’une stratégie patrimoniale globale qui combine cession, structuration en holding, réinvestissement productif, et transmission anticipée. Pensé à 5, 10 ou 15 ans, le dispositif peut permettre de transmettre un patrimoine substantiel à la génération suivante sans jamais avoir payé l’impôt sur la plus-value initiale. C’est précisément cette vision long terme que nous construisons lors d’un bilan patrimonial.

Questions fréquentes sur l’apport-cession 150-0 B ter

L’apport-cession est un mécanisme prévu par l’article 150-0 B ter du Code Général des Impôts qui permet au dirigeant qui souhaite céder son entreprise d’apporter d’abord ses titres à une holding qu’il contrôle. La plus-value constatée lors de cet apport est alors placée en report d’imposition. Si la holding cède ensuite les titres, l’imposition de la plus-value reste différée à condition de respecter des règles strictes de réinvestissement. C’est un outil de report, pas d’exonération : l’impôt n’est pas effacé, il est repoussé dans le temps.

La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) a sensiblement durci le dispositif pour les cessions de titres réalisées par la holding à compter du 21 février 2026. Quatre changements majeurs : le quota de réinvestissement obligatoire passe de 60 % à 70 % du produit de cession ; le délai de réinvestissement passe de 2 ans à 3 ans ; la durée de conservation des actifs réinvestis est harmonisée à 5 ans pour tous les actifs ; les activités immobilières (marchand de biens, promotion, gestion, location, syndic, agent immobilier) ainsi que les activités bancaires, d’assurance et de gestion de portefeuille sont désormais exclues du dispositif.

Depuis le 21 février 2026, si la holding cède les titres apportés dans les 3 ans suivant l’apport, elle doit réinvestir au moins 70 % du produit de cession dans des actifs économiques éligibles, dans un délai de 3 ans à compter de la cession. La fraction restante (30 % maximum) peut être placée librement. Si la holding attend plus de 3 ans avant de céder les titres, aucune obligation de remploi ne s’applique : la trésorerie est totalement libre.

Depuis la LFI 2026, sont éligibles les activités commerciales, industrielles, artisanales, libérales et agricoles. L’hôtellerie reste éligible. En revanche, sont désormais exclues : les activités de marchand de biens, promotion immobilière, lotissement, gestion immobilière, location immobilière, syndic, agent immobilier, ainsi que les activités bancaires, d’assurance et de gestion de portefeuille. Le réinvestissement peut être effectué de quatre manières : financement direct des moyens d’exploitation de la holding, acquisition de titres conférant le contrôle d’une société opérationnelle, souscription au capital d’une PME éligible, ou souscription de parts de fonds de capital-investissement (FCPR, FPCI, SLP, SCR).

Le décès du dirigeant entraîne une purge totale et immédiate de la plus-value en report : l’impôt n’est jamais dû. En cas de donation des titres de la holding, le report est transmis au donataire et s’éteint définitivement si celui-ci conserve les titres pendant 6 ans (ou 11 ans si le réinvestissement a été effectué via un fonds de capital-investissement comme un FCPR ou un FPCI). Avant la loi de finances 2026, ces délais étaient respectivement de 5 et 10 ans. La combinaison apport-cession plus donation reste l’un des outils les plus puissants pour effacer la plus-value latente d’une cession d’entreprise.

Plusieurs erreurs peuvent faire tomber le report et rendre la plus-value immédiatement imposable. Les pièges les plus fréquents : un réinvestissement dans une activité désormais exclue (immobilier, banque, gestion d’actifs), le non-respect du quota de 70 % ou du délai de 3 ans, la cession d’un actif réinvesti avant la fin du délai de 5 ans de conservation, la perte du contrôle de la holding par l’apporteur, le transfert du domicile fiscal hors de France, ou encore une mauvaise valorisation des titres au moment de l’apport. La complexité du dispositif et son durcissement en 2026 imposent un accompagnement par un cabinet de gestion de patrimoine et un avocat fiscaliste.

Oui, et c’est même la condition essentielle de la réussite. L’apport doit être effectué avant la cession, et idéalement plusieurs mois avant pour éviter toute requalification en abus de droit. En pratique, il est recommandé de réaliser l’apport au moins 6 à 12 mois avant la cession projetée, dès que les discussions sérieuses avec des repreneurs potentiels s’engagent. Par ailleurs, la structuration complète de l’opération (création de la holding, expertise de valorisation, validation fiscale, choix des cibles de remploi) demande du temps. Un projet de cession se prépare idéalement 1 à 2 ans à l’avance.

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