💍

Transmission · Protection du conjoint · Droit civil

Donation au dernier vivant :
pourquoi votre conjoint n’est pas si bien protégé que vous le pensez

Baptiste Daudier Mai 2026 ⏱ 14 min de lecture 💍 Protection conjoint ⚖️ Droit civil

« De toute façon, mon conjoint hérite. » Cette phrase, je l’entends dans presque tous les premiers entretiens avec des couples mariés. Pourtant, dans la grande majorité des cas, la protection légale du conjoint survivant est bien plus faible que ce que les époux imaginent. Avec des enfants d’un précédent mariage, c’est même radicalement insuffisant. En effet, le conjoint n’a droit qu’à un quart du patrimoine en pleine propriété, sans aucune autre option. C’est précisément là que la donation au dernier vivant, encore appelée donation entre époux, change la donne. Ainsi, cet outil transforme cette protection minimale en véritable bouclier juridique. Ce guide explique le mécanisme, ses trois options et les cas où il devient indispensable.

1/4Part légale du conjoint
3Options offertes par la DDV
0 €Droits succession conjoint
~300 €Coût notarié de l’acte

Pourquoi votre conjoint n’est pas si bien protégé que vous le pensez

Beaucoup d’époux pensent qu’au décès de l’un, l’autre hérite naturellement de tout, ou au moins de la quasi-totalité du patrimoine. Cette croyance est largement fausse. En réalité, le Code civil organise précisément les droits du conjoint survivant. Ces droits dépendent de plusieurs paramètres : présence d’enfants, enfants communs ou non communs, existence d’ascendants. Or, ces droits légaux sont souvent insuffisants au regard des attentes des couples. Par conséquent, une vérification précoce s’impose.

La protection légale du conjoint en présence d’enfants communs

Depuis la loi du 3 décembre 2001, qui a profondément réformé les droits du conjoint survivant, voici ce qui se passe au décès du premier époux lorsque le couple a uniquement des enfants communs. Le conjoint survivant dispose d’un choix entre deux options, qu’il peut exercer dans les 3 mois suivant la demande d’un héritier (à défaut, l’option par défaut est l’usufruit) :

  • Option 1 : recevoir 1/4 du patrimoine du défunt en pleine propriété. Les enfants se partagent les 3/4 restants en pleine propriété.
  • Option 2 : recevoir 100 % du patrimoine du défunt en usufruit. Les enfants reçoivent la nue-propriété de l’ensemble. Le conjoint peut continuer à utiliser et percevoir les revenus de tous les biens, mais ne peut pas les vendre librement.

Cette protection peut sembler raisonnable, mais elle a deux limites importantes. D’abord, le conjoint doit choisir entre les deux options. Autrement dit, il ne peut pas combiner pleine propriété et usufruit selon ses besoins. Ensuite, l’option « 100 % usufruit » est confortable pour habiter. Cependant, elle bloque toute liberté de vendre ou de réinvestir sans l’accord des enfants nus-propriétaires. Or, à 75 ou 80 ans, un conjoint peut avoir besoin de vendre la résidence principale pour entrer en EHPAD. En pratique, cela devient juridiquement compliqué sans accord unanime.

La protection encore plus faible en famille recomposée

C’est ici que la situation devient véritablement préoccupante. En présence d’enfants non communs, c’est-à-dire issus d’une précédente union du défunt, le Code civil est beaucoup moins généreux avec le conjoint survivant. En effet, l’option usufruit total disparaît purement et simplement. Désormais, le conjoint n’a plus qu’une seule option : recevoir 1/4 du patrimoine du défunt en pleine propriété. Par conséquent, les 3/4 restants vont aux enfants en pleine propriété immédiate.

Concrètement, cela peut créer des situations délicates. Imaginons un couple marié depuis 25 ans, vivant dans une maison achetée ensemble pendant le mariage. Or, le défunt a deux enfants d’un premier lit. Au décès, les enfants non communs deviennent propriétaires de 3/4 de la moitié de la maison appartenant à leur père. Par conséquent, le conjoint survivant peut se retrouver en indivision avec eux. Dès lors, ils peuvent demander le partage et la vente du bien. Cette situation, qui peut sembler théorique, est en réalité l’une des causes les plus fréquentes de conflits successoraux.

🚨

L’angle mort des familles recomposées : en France, environ un mariage sur trois implique au moins un enfant non commun. Or, ces couples sont précisément ceux pour qui la protection légale est la plus faible. Sans donation au dernier vivant, le conjoint survivant peut se retrouver dans une situation patrimoniale précaire face à des héritiers qu’il ne connaît parfois que très peu. C’est dans ce cas que la DDV n’est pas une option, mais une nécessité absolue.

La protection du conjoint sans enfants

Dernier cas à connaître : le conjoint survivant sans enfants reçoit l’intégralité du patrimoine du défunt. Toutefois, une exception existe : si les parents du défunt sont encore vivants, chaque parent survivant a droit à 1/4 du patrimoine. Le conjoint reçoit alors la moitié restante (3/4 si un seul parent est vivant). Là encore, beaucoup de couples ignorent que les beaux-parents peuvent hériter d’une partie significative du patrimoine. Parfois, c’est même au détriment du conjoint. En revanche, la DDV permet d’écarter complètement les ascendants en attribuant 100 % au conjoint.

Qu’est-ce que la donation au dernier vivant exactement ?

La donation au dernier vivant, parfois appelée « donation entre époux » ou « institution contractuelle entre époux », est un acte notarié prévu par l’article 1094-1 du Code civil. En effet, elle permet à un époux d’élargir significativement les droits de son conjoint sur sa succession, au-delà de ce que prévoit la loi. Cependant, contrairement à une donation classique entre vifs, la DDV ne produit ses effets qu’au moment du décès. Autrement dit, du vivant des époux, elle n’a aucune conséquence patrimoniale ou fiscale immédiate.

Les caractéristiques juridiques essentielles

Plusieurs caractéristiques rendent la DDV particulièrement souple et accessible. En effet, le législateur a voulu en faire un outil de protection familiale facile à mettre en place et à révoquer. Voici les éléments essentiels à connaître.

  • Acte notarié obligatoire : la DDV doit obligatoirement être conclue devant notaire. Elle ne peut pas être faite par testament olographe ou par acte sous seing privé.
  • Coût modéré : entre 200 et 400 euros par époux, frais et taxes inclus. C’est l’un des actes notariés les plus accessibles.
  • Révocable unilatéralement : chaque époux peut révoquer la DDV à tout moment, sans accord de l’autre et sans avoir à se justifier. Elle est automatiquement caduque en cas de divorce.
  • Effets uniquement au décès : aucune conséquence patrimoniale ou fiscale du vivant des époux. La donation n’a effet que si l’époux survivant accepte les droits qu’elle lui confère.
  • Aucun coût fiscal : grâce à l’exonération totale du conjoint de droits de succession depuis la loi TEPA de 2007, la DDV n’entraîne aucune fiscalité supplémentaire.

DDV ou donation classique : ne pas confondre

Beaucoup de personnes confondent la donation au dernier vivant avec une donation entre vifs. Pourtant, les deux mécanismes sont radicalement différents. La donation entre vifs est immédiate. En effet, elle transfère des biens du donateur au donataire dès la signature de l’acte. À l’inverse, la DDV est une donation à cause de mort. Ainsi, elle ne produit aucun effet jusqu’au décès du donateur. C’est précisément ce qui la rend si souple et si peu engageante. En revanche, une donation classique implique un dessaisissement immédiat.

🧭

Le principe à retenir : la donation au dernier vivant ne fait perdre aucun droit aux époux de leur vivant. Elle est entièrement gratuite à mettre en place sur le plan fiscal, peu coûteuse sur le plan notarié, et révocable à tout moment. Pour un effet potentiellement déterminant sur la protection du conjoint, c’est probablement le meilleur ratio coût/bénéfice de tout le droit patrimonial français.

Les 3 options de la donation au dernier vivant en détail

Lorsque la DDV a été établie et que survient le décès, le conjoint survivant dispose désormais de trois options au lieu des deux options légales habituelles. Ces options peuvent être exercées dans un délai raisonnable après le décès, et le conjoint peut choisir celle qui correspond le mieux à sa situation, à son âge, à ses besoins et à la composition du patrimoine. Voici en détail ce que chaque option représente concrètement.

A Option A
100 % en usufruit
Le conjoint reçoit l’usufruit total du patrimoine du défunt. Il peut habiter dans les biens, percevoir tous les revenus (loyers, dividendes, intérêts). Les enfants reçoivent la nue-propriété de l’ensemble. Avantage : protection maximale du cadre de vie. Inconvénient : impossibilité de vendre sans l’accord des enfants nus-propriétaires.
Confort de vie
B Option B
1/4 en pleine propriété + 3/4 en usufruit
Le conjoint reçoit 1/4 du patrimoine en pleine propriété, avec en plus l’usufruit sur les 3/4 restants. C’est une combinaison hybride qui n’existe pas dans la loi sans DDV. Permet à la fois d’avoir une part libre de cession et de continuer à jouir de l’ensemble du patrimoine.
Hybride équilibré
C Option C
Quotité disponible spéciale entre époux
Le conjoint reçoit en pleine propriété la quotité disponible spéciale : 1/2 du patrimoine si 1 enfant, 1/3 si 2 enfants, 1/4 si 3 enfants ou plus. Cette option maximise la part libre du conjoint et peut être combinée avec l’usufruit sur le reste pour une protection optimale.
Souplesse maximale

Comment choisir entre les trois options ?

Le choix entre les trois options dépend de plusieurs facteurs personnels, et il n’y a pas de réponse universelle. Cependant, certaines logiques se dégagent en pratique selon les situations. Voici les principaux critères de décision.

L’option A (100 % usufruit) convient particulièrement aux couples dont les enfants sont jeunes et qui font confiance à leurs enfants pour ne pas créer de conflit. En outre, elle est adaptée quand le patrimoine est essentiellement composé de la résidence principale. Dans ce cas, le conjoint veut juste continuer à vivre tranquillement. Cependant, elle limite la liberté financière du conjoint. En effet, il doit obtenir l’accord des nus-propriétaires pour vendre.

L’option B (1/4 PP + 3/4 usufruit) est un excellent compromis. Ainsi, le conjoint veut à la fois une part de pleine propriété sécurisée et continuer à percevoir les revenus de l’ensemble. C’est l’option la plus souvent choisie en pratique. De même, elle convient bien quand il y a plusieurs enfants et que le patrimoine est diversifié.

L’option C (quotité disponible spéciale) est la plus intéressante quand le conjoint a besoin de liquidités importantes et de liberté patrimoniale. Avec un seul enfant, elle permet de récupérer la moitié du patrimoine en pleine propriété. Par conséquent, c’est très protecteur. C’est aussi l’option idéale en famille recomposée. En effet, elle évite que le conjoint ne se retrouve en indivision forcée avec les enfants du précédent lit.

💡

Le bon réflexe : la DDV peut être rédigée pour ouvrir les trois options au conjoint survivant, qui choisira au moment du décès en fonction de la situation effective (composition du patrimoine, âge, relations familiales). C’est l’avantage majeur de la rédaction par un notaire bien conseillé : laisser tous les choix ouverts plutôt que de figer un seul scénario.

Cas pratique chiffré : couple Martin, 2 enfants, patrimoine de 800 000 €

Pour rendre la méthode parfaitement concrète, prenons l’exemple du couple Martin. Marc, 65 ans, et Sylvie, 62 ans, sont mariés sous le régime de la communauté légale. C’est le régime par défaut depuis 1966, aussi appelé communauté réduite aux acquêts. Ils ont deux enfants communs, Léa et Tom. Leur patrimoine total est de 800 000 €. Ce patrimoine se compose d’une résidence principale (400 000 €), de contrats d’assurance-vie (250 000 €) et de placements financiers (150 000 €). Voyons maintenant ce qui se passe au décès de Marc selon que les époux ont ou non rédigé une donation au dernier vivant.

Calcul de la part patrimoniale de Marc au décès

Première étape essentielle : déterminer ce qui appartient effectivement à Marc et qui entre dans sa succession. En régime de communauté, Sylvie est déjà propriétaire de la moitié des biens communs. Par conséquent, cela ne fait pas partie de la succession de Marc. Sur les 800 000 € du couple, la moitié appartient déjà à Sylvie (400 000 €). Ainsi, seuls les 400 000 € restants entrent dans la succession de Marc.

Toutefois, l’assurance-vie a un statut particulier. En effet, grâce à la clause bénéficiaire, les capitaux décès sont en principe transmis hors succession au bénéficiaire désigné, généralement le conjoint survivant. Pour simplifier l’exemple, nous considérons que les 250 000 € d’assurance-vie de Marc reviennent intégralement à Sylvie en franchise totale de droits (loi TEPA 2007). Dès lors, la succession civile de Marc porte sur un patrimoine net d’environ 275 000 €.

Scénario A : sans donation au dernier vivant

⚠️ Sans DDV : protection légale uniquement

Succession de Marc : 275 000 € · Sylvie doit choisir entre 1/4 PP ou 100 % usufruit

⚠️ Option 1 légale : 1/4 PP

Sylvie reçoit : 68 750 € en pleine propriété

Léa et Tom reçoivent : 206 250 € en pleine propriété (103 125 € chacun)

Sylvie cumulé : ses 400 k€ déjà à elle + 250 k€ AV + 68 k€ PP = 718 k€ utilisables

Liberté : totale sur sa part

⚠️ Option 2 légale : 100 % usufruit

Sylvie reçoit l’usufruit total des 275 000 €

Léa et Tom reçoivent : la nue-propriété intégrale

Sylvie : peut jouir et percevoir les revenus, mais ne peut pas vendre librement

Liberté : limitée, accord enfants requis pour ventes

Scénario B : avec donation au dernier vivant

✅ Avec DDV : choix élargi pour Sylvie

Succession de Marc : 275 000 € · Sylvie peut choisir entre 3 options

✅ Option choisie : Quotité disponible spéciale

Avec 2 enfants, quotité spéciale = 1/3 en pleine propriété

Sylvie reçoit : 91 667 € en pleine propriété

Sylvie peut compléter avec usufruit sur le reste (2/3) si elle le souhaite

Léa et Tom reçoivent : 183 333 € en pleine propriété (ou en nue-propriété si Sylvie prend l’usufruit)

✅ Bénéfice pour Sylvie

Pleine propriété supplémentaire : +22 917 € vs option légale

Souplesse de combinaison PP + usufruit : acquise

Sylvie cumulé : 400 k€ communauté + 250 k€ AV + 91 k€ PP = 741 k€ utilisables

Choix possible jusqu’à 3 mois après décès, selon situation effective

Bénéfice de la DDV : ~23 000 € de pleine propriété supplémentaire et la possibilité de combiner PP et usufruit, pour un coût initial de 300 € environ.

⚠️

Important : ces calculs sont simplifiés à des fins pédagogiques. En pratique, plusieurs facteurs affinent le résultat : la qualification des biens (propres ou communs), les éventuelles donations antérieures à rapporter, les libéralités à valoriser, la composition exacte de l’AV et la fiscalité spécifique des sommes versées après 70 ans (article 757 B CGI). Toute stratégie de protection du conjoint doit faire l’objet d’un audit personnalisé avec un notaire et un cabinet de gestion de patrimoine.

DDV vs autres outils de protection du conjoint : comment choisir ?

La donation au dernier vivant n’est pas le seul outil pour protéger son conjoint. Plusieurs mécanismes coexistent, chacun avec ses avantages et ses limites. En pratique, une stratégie complète combine souvent plusieurs de ces dispositifs. Voici un tour d’horizon comparatif des principales solutions.

Tableau récapitulatif des outils de protection

DispositifMécanismeProtection conjointLimite principale
Donation au dernier vivantActe notarié, effet au décèsÉlevée (3 options)Respecte la réserve des enfants
PréciputClause du contrat de mariageTrès élevée sur biens visésSuppose un régime de communauté
Communauté universelle avec CAIChangement de régime matrimonialMaximale (100 % au conjoint)Déshérite enfants au 1er décès, fiscalement coûteux au 2nd
Testament en faveur du conjointActe unilatéral révocableLimitée à quotité disponibleNe permet pas la quotité spéciale
Assurance-vie clause bénéficiaireHors successionForte sur capitaux désignésLimité aux contrats existants

Le préciput : pour aller plus loin sur certains biens

Le préciput est une clause insérée dans le contrat de mariage. En effet, il permet au conjoint survivant de prélever un ou plusieurs biens de la communauté avant le partage, en plus de sa moitié légale. Ainsi, c’est particulièrement utile pour sécuriser la conservation de la résidence principale, de la voiture ou de placements spécifiques. Le préciput ne supprime pas la succession sur le reste. Toutefois, il met certains biens à l’abri du partage avec les enfants.

Concrètement, si la résidence principale fait l’objet d’une clause de préciput, Sylvie peut la prélever en intégralité au décès de Marc avant tout partage successoral. Dès lors, les enfants n’ont aucun droit dessus. C’est un outil très puissant, surtout combiné à la DDV pour traiter le reste du patrimoine. Cependant, il nécessite un régime de communauté. En effet, le préciput n’existe pas en séparation de biens et exige un acte notarié pour le mettre en place.

La communauté universelle avec clause d’attribution intégrale

Plus radical encore, le passage à un régime de communauté universelle avec clause d’attribution intégrale (CAI) consiste à mettre l’ensemble des biens des époux en commun. Ensuite, on prévoit qu’au premier décès, la totalité revient au conjoint survivant. Par conséquent, les enfants n’héritent rien au premier décès et devront attendre le second pour recevoir l’intégralité du patrimoine.

Cette solution offre la protection maximale du conjoint. Toutefois, elle présente trois inconvénients sérieux. D’abord, elle déshérite les enfants au premier décès, ce qui peut être problématique en famille recomposée (les enfants non communs sont exclus). Ensuite, fiscalement, elle peut être coûteuse au second décès. En effet, l’ensemble du patrimoine est alors transmis en une seule fois aux enfants, ce qui peut faire jouer les tranches élevées du barème successoral. Enfin, c’est un changement de régime matrimonial. Ainsi, c’est une démarche notariée plus lourde et plus coûteuse que la DDV (de l’ordre de 2 000 à 3 000 €).

L’assurance-vie : un complément quasi-incontournable

Enfin, l’assurance-vie avec clause bénéficiaire désignant le conjoint est probablement le complément le plus important à la DDV. En effet, les capitaux versés au bénéficiaire échappent en principe à la succession civile. De plus, ils bénéficient d’une fiscalité avantageuse, avec une exonération totale pour le conjoint depuis la loi TEPA 2007. Combinée à une DDV bien rédigée, l’assurance-vie permet de sécuriser des liquidités importantes pour le conjoint, en dehors de toute discussion successorale avec les enfants. Pour aller plus loin, consultez notre article sur la vraie utilité de l’assurance-vie.

💡

La combinaison gagnante : en pratique, la stratégie la plus complète associe la donation au dernier vivant (pour le cadre civil global), un préciput sur la résidence principale (pour la sécuriser hors partage), et une assurance-vie bien dotée avec clause bénéficiaire conjoint (pour les liquidités). Cette combinaison protège efficacement le conjoint tout en préservant les droits des enfants à terme. C’est précisément le type de stratégie que nous construisons lors d’un bilan patrimonial.

Les 5 pièges à éviter avec la donation au dernier vivant

Comme tout outil patrimonial, la DDV peut être mal utilisée ou mal pensée. Voici les cinq pièges les plus fréquents que je rencontre lors des bilans patrimoniaux, et qu’il convient d’éviter absolument.

Erreurs de conception et de mise à jour

01
Penser que la DDV n’est pas nécessaire si on a déjà des enfants communs
Même en présence d’enfants communs, la DDV ouvre une troisième option (quotité disponible spéciale) qui n’existe pas dans la loi. Elle permet au conjoint d’avoir plus de pleine propriété et plus de souplesse de combinaison PP + usufruit. C’est l’erreur la plus fréquente : se croire à l’abri parce que la famille est « simple ».
02
Oublier de mettre à jour la DDV après un divorce
La DDV est automatiquement caduque en cas de divorce. Cependant, en cas de remariage, il faut impérativement rédiger une nouvelle DDV au profit du nouveau conjoint. Beaucoup l’oublient et leur nouveau conjoint se retrouve avec la protection légale minimale, particulièrement préjudiciable en famille recomposée.
03
Confondre DDV et testament
Un testament permet aussi de gratifier son conjoint, mais il est limité à la quotité disponible ordinaire. Seule la DDV ouvre l’accès à la quotité disponible spéciale entre époux (1/2, 1/3 ou 1/4 selon le nombre d’enfants). Faire un testament au lieu d’une DDV prive le conjoint d’une part importante de protection.
04
Ne pas anticiper la double imposition au second décès
Si le conjoint reçoit beaucoup en pleine propriété grâce à la DDV, il devra retransmettre ces biens à son décès aux enfants. Sans donation intermédiaire, les enfants peuvent payer des droits importants au second décès. Une stratégie complète combine DDV et donations aux enfants pour optimiser sur les deux décès.
05
Choisir l’usufruit total sans réfléchir aux conséquences
L’option 100 % usufruit est confortable pour le conjoint, mais elle crée une indivision avec les enfants nus-propriétaires. À 80 ans, le conjoint peut ne plus pouvoir vendre la résidence principale pour entrer en EHPAD sans l’accord des enfants. Évaluer cette contrainte avant de choisir.
06
Faire la DDV sans coordonner avec l’assurance-vie
La DDV traite la succession civile, mais l’assurance-vie obéit à des règles propres (clause bénéficiaire). Sans cohérence entre les deux, on peut créer des déséquilibres : par exemple, déshériter par mégarde un enfant via une clause bénéficiaire trop favorable au conjoint. Toujours auditer les deux dispositifs ensemble.

Questions fréquentes sur la donation au dernier vivant

La donation au dernier vivant (DDV), aussi appelée donation entre époux, est un acte notarié prévu par l’article 1094-1 du Code civil qui permet à un époux d’élargir les droits de son conjoint au moment de son décès. Contrairement à la simple protection légale (1/4 en pleine propriété ou 100 % en usufruit avec enfants communs), la DDV ouvre une troisième option puissante : la quotité disponible spéciale entre époux, qui permet au conjoint de recevoir jusqu’à 1/2 du patrimoine en pleine propriété, tout en combinant usufruit et pleine propriété pour une souplesse maximale.

La protection légale du conjoint est très limitée. Avec enfants communs, le conjoint doit choisir entre 1/4 en pleine propriété ou 100 % en usufruit, sans possibilité de combiner. Avec des enfants non communs (famille recomposée), c’est encore plus restrictif : il n’a que 1/4 en pleine propriété, sans même l’option usufruit. La DDV offre une troisième voie beaucoup plus protectrice : la quotité disponible spéciale, qui combine pleine propriété et usufruit, et qui s’applique également en famille recomposée. C’est précisément pour les familles recomposées que la DDV change radicalement la donne.

La donation au dernier vivant est un acte notarié dont le coût total se situe généralement entre 200 et 400 euros par époux. Ce montant comprend les émoluments du notaire, les frais de formalités et la TVA. Il n’y a aucun droit de donation à payer puisque cette donation n’a d’effet qu’au décès. C’est l’un des actes notariés les plus accessibles en gestion de patrimoine, pour un effet potentiellement déterminant sur la protection du conjoint survivant.

Oui, la donation au dernier vivant est en principe librement et unilatéralement révocable à tout moment, sans avoir à justifier d’un motif et sans accord du conjoint bénéficiaire. Cette révocation se fait par acte notarié. Elle est automatiquement caduque en cas de divorce. Cette souplesse fait de la DDV un outil très peu engageant, contrairement à d’autres mécanismes comme la communauté universelle qui suppose un changement de régime matrimonial bien plus lourd.

La donation au dernier vivant intervient au décès et donne au conjoint un choix entre plusieurs options de répartition, tout en respectant la réserve héréditaire des enfants. La communauté universelle avec clause d’attribution intégrale, en revanche, est un changement de régime matrimonial qui met tous les biens en commun et attribue 100 % de la communauté au conjoint survivant, court-circuitant la succession des enfants au premier décès. La communauté universelle est plus protectrice mais déshérite les enfants au premier décès, ce qui peut être problématique en famille recomposée et peut générer une double imposition de succession au second décès.

Oui, la donation au dernier vivant est encore plus importante en séparation de biens qu’en régime de communauté. En effet, en séparation de biens, chaque époux conserve seul ses biens, et au décès le conjoint survivant ne bénéficie pas de la moitié de communauté qui le sécurise dans le régime communautaire. Sa protection repose donc entièrement sur les droits successoraux, qui sont précisément ceux que la DDV vient renforcer. C’est l’une des premières recommandations que je formule aux couples mariés sous ce régime.

⚓ Protection du conjoint · Sextant Patrimoine
Votre conjoint est-il vraiment bien protégé ?
Pour 300 € de frais notariés, vous pouvez transformer la protection légale minimale de votre conjoint en véritable bouclier juridique. Un bilan patrimonial de 60 à 90 minutes permet d’auditer votre situation, de coordonner DDV, préciput, assurance-vie et régime matrimonial. Sans engagement, sans frais. Réserver mon bilan patrimonial
Offert Confidentiel Sans engagement

Vous vous posez la même question pour votre situation ? Chaque cas est différent. Un bilan permet souvent d’éviter ce type d’erreur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut